FLECHES

Les flèches, en métal creux, renferment un certain volume d'eau. Fixées face à des repères, elles sont ensuite abandonnées... à leur propre vie.
Elles se déplacent en fonction de la variation de la température.
Elles sont incontrôlables, bougent seules, pointant dans un jeu de hasard différents éléments.
La flèche se trouve, par exemple, face à une graduation alternant les mots OUI et NON, ou encore désigne une série de chaussures d'enfants. À un degré près, tel élément est indexé plutôt que tel autre. Notre destin, nos rencontres, le jeu de la vie ne se jouent-ils pas de manière aussi hasardeuse ?
Ces ouvres peuvent également susciter la participation du public. Le spectateur doit placer en face des flèches des objets (oufs, livres, aimants).
En quelques secondes elles peuvent varier, démontrant l'impossibilité de fixer les éléments de notre monde dans un équilibre parfait.

Focus sur une oeuvre : La salle d'attente

La salle d'attente, 1994. Mobilier, métal, eau. 9 m². Collection de l'artiste.

 

"Invitation dans une pièce close"


Vous entrez dans une pièce où vous avez été préalablement convié par l'artiste. Vous savez qu'il va se dérouler quelque chose, que vous allez être le témoin d'une manifestation mais vous n'en connaissez pas la nature. Tout au moins, vous vous doutez qu'il s'agit d'une expérience artistique mais pour l'instant aucun signe extérieur ne peut laisser présager de la suite.

Dans la pièce, se trouve un mobilier, tout ce qu'il y a de plus classique. L'artiste vous invite à vous asseoir pour prendre un verre. Tout le monde est servi et vous commencez à parler de choses et d'autres. Au fur et à mesure que la discussion avance, la température de la pièce se réchauffe et le public semble voir s'opérer une transformation dans l'équilibre du mobilier de la pièce.

Plus le temps passe, plus il est clair que les étagères et les toiles suspendues sont en train de basculer.

S'agit-il d'un phénomène paranormal ou finalement d'une mise en évidence de l'instabilité physique des éléments qui nous entourent.

En invitant un public restreint dans un banal appartement, Philippe Bouveret sème le doute dans la pensée du spectateur et accentue l'effet de ce phénomène inattendu.

L'artiste utilise pourtant des notions aussi simples que la dilatation des gaz à la chaleur. Il provoque, grâce à une légère augmentation de la température de la pièce, un déséquilibre dans un circuit rempli d'air et de liquide qu'il a fixé au dos du mobilier accroché au mur.

Loin de se glorifier de réaliser là une prouesse technique, Philippe Bouveret veut souligner l'importance des effets qu'engendre un aussi faible déséquilibre de la température ou de la pression atmosphérique.

Cette courte aventure qu'il a créé, doit permettre au public de prendre conscience de la fragilité du monde dans lequel nous vivons.

Olivier Reneau